Kryztof, un Belge devenu directeur d’école au Vietnam

Après avoir revu un pote de mon village totalement par hasard lors d’un transit à Bangkok pour me rendre en Birmanie, j’ai fait la connaissance d’un autre Belge dans l’avion : Kryztof.

Découvrez dans cette interview comment ce quadragénaire bourlingueur est devenu directeur d’école au Vietnam.

Salut Kryztof, merci d’avoir accepté de répondre à ces quelques questions. Peux-tu tout d’abord te présenter en quelques mots ?

Je m’appelle Kryztof.  Le hasard m’a fait naître à Bruxelles, mais ma famille est de la région d’Ath, la cité des Géants.  Depuis vingt ans, je mène deux carrières de front : celle de professeur de français, une dizaine d’années à Mons, et depuis dix ans, à Bruxelles ; parallèlement à ça, je suis musicien, accordéoniste diatonique, pour être précis.  J’enseigne mon instrument et joue dans Cave Canem !, un groupe qui a sorti deux albums.

On va résumer la situation : on s’est rencontrés en Birmanie, tu vivais à l’époque au Portugal et maintenant au Vietnam. Peux-tu m’expliquer ton parcours ?

Ahah, oui, on s’est rencontrés dans un vol Bangkok-Mandalay, dans le centre du Myanmar.  J’allais entamer mon premier séjour dans ce pays magnifique, et je crois que j’étais un des premiers Belges que tu croisais depuis le début de ton tour du monde.  En fait, j’ai commencé à voyager en Asie du Sud-Est en 2010.  Je suis tombé amoureux du Cambodge et encore aujourd’hui, c’est mon pays de cœur ici.  J’y ai rencontré de belles personnes.  En quittant le Cambodge cet été 2010, je savais que je reviendrais, que j’avais quelque chose à vivre là.  Et depuis lors, j’ai passé la plupart de mes longs congés d’enseignant dans cette partie du monde.  Cambodge, Laos, Myanmar, Thailande, Malaisie, et maintenant Vietnam, où j’ai posé mes valises.  Effectivement, il y a un peu plus de deux ans, j’ai décidé de mettre ma carrière de prof entre parenthèses, et de partir pour Lisbonne.

Qu’est-ce qui t’a poussé à quitter la Belgique pour le Portugal ?

L’amour !  Toujours l’amour !  J’ai rencontré mon compagnon à un moment où il s’apprêtait à rentrer chez lui, à Lisbonne, après un court contrat à Bruxelles.  J’ai terminé l’année scolaire en passant mes week-ends à Lisbonne (c’était un peu folklorique mais j’ai adoré ça) et le 30 juin, je m’y installais.  J’étais un peu en perte de repères quand je suis arrivé là et on peut dire que tout doucement, la ville m’a adopté.  J’ai appris le portugais, et aujourd’hui, je crois que je peux dire que, même si je ne serai jamais portugais, c’est à Lisbonne que je me sens chez moi.

Qu’aimais-tu particulièrement là-bas ?

Au début, à travers le regard de mon amoureux, tout me semblait beau.  Puis j’ai appris à connaître la ville de moi-même.  Ce que j’aime là ?  Avant tout autre chose : la lumière.  La plus belle lumière que j’aie jamais vue.  Ca s’explique par quatre ingrédients : le soleil et sa réflexion sur le Tage, très large à Lisbonne, sur les calçadas (ces pavés blancs caractéristiques de la ville) et sur les immeubles clairs.  Lisbonne est baignée de lumière.  Je me souviens que quand je n’y passais que des week-ends, je revenais le dimanche soir à Bruxelles requinqué pour la semaine.  J’ai appris à connaître les Portugais aussi.  D’un abord discret ou réservé, ce sont en fait des personnes d’une gentillesse et d’une générosité énormes.  Puis la culture, l’architecture, l’ouverture sur l’océan, la gastronomie incroyable, le fait que je puisse vivre mon homosexualité dans une indifférence presque générale, quand, quoiqu’on en dise, ce n’est pas encore si facile à Bruxelles…  Lisbonne et une partie des Lisboètes souffrent aujourd’hui de l’afflux trop massif de touristes (même si c’est une bonne chose pour l’économie, cette situation a toujours un revers), donc il ne faut pas trop dire que c’est la plus merveilleuse des villes au monde… !

Tu as quitté il y a quelques semaines Lisbonne pour Ho Chi Minh, au sud du Vietnam. Qu’est-ce qui t’amène là-bas ?

Depuis mon premier voyage au Cambodge, je savais que je reviendrais.  La seule question était « quand ».  Ce qui m’amène à Saigon (ndlr : ancien nom d’Hô Chi Minh, toujours utilisé par la plupart des vietnamiens) ?  Je ne connaissais que le nord du Vietnam et j’adore Hanoi.  Mais j’avais entendu dire que Saigon, au Sud, était une ville grouillante, en plein boum économique, et où j’aurais sans doute plus de possibilités d’être actif dans la société.  C’est ce que je voulais. 

Tu m’as dit que tu étais devenu directeur d’école…wouw, carrément, c’est fou !

Oui, avant d’arriver, c’était clair que je ne voulais pas vivre ici en expat désoeuvré, mais participer à la société, si possible en faisant mon métier.  Deux mois avant d’arriver, j’ai postulé dans deux grosses structures françaises et deux petites écoles pour donner quelques heures de cours.  Arrivé à Saigon le 2 septembre, j’ai commencé à travailler le 5.  Je dois avoir une bonne étoile.  Je travaille pour une petite école qui fait du soutien scolaire pour les élèves qui suivent le programme français au Lycée français, ou qui étudient le français dans une école internationale.  L’école prépare aussi les élèves vietnamiens qui vont intégrer l’enseignement francophone, prépare au Brevet des Collèges, au Bac…

Le courant est bien passé avec la directrice et il s’est avéré qu’elle cherchait une personne pour reprendre la charge de directeur dès son retour imminent en France, début octobre.  Il faut croire que j’étais la personne qu’elle recherchait.  Je dirige l’école depuis le mois d’octobre, et elle me coache de loin… 😉

Comment as-tu été accueilli par les vietnamiens/par tes élèves/par tes collègues ?

Assez naturellement, je dois dire.  J’ai vite fait ma place dans la structure, sans vraiment m’en rendre compte.  Et puis je suis le seul Belge dans l’équipe, ça ajoute un peu d’exotisme.  Les élèves sont très curieux et veulent en savoir plus sur le pays de Lukaku et d’Eden Hazard !!

Quelles sont les différences entre l’enseignement au Vietnam et en Belgique ?

La question est difficile, dans la mesure où je travaille dans une école qui ouvre quand les autres ferment…  Nos objectifs pédagogiques ne sont pas du tout les mêmes.  Et puis, on travaille avec le Lycée Français, et d’autres écoles internationales occidentales dont les méthodes ne diffèrent pas vraiment des nôtres…  J’en connaîtrai plus bientôt sur le système éducatif vietnamien.

Dans mes souvenirs, les Vietnamiens galéraient un peu avec l’anglais, est-ce que c’est en train de changer ?

Chez les jeunes, c’est beaucoup moins le cas maintenant.  La connaissance de l’anglais est encore loin d’être généralisée, mais franchement, c’est pas pire que chez nous ! 😉

Ca n’a pas été trop difficile de trouver un logement ?

Trouver un logement, non.  Trouver un bon logement, c’est plus difficile.  Mais là aussi, j’ai eu de la chance.  J’ai trouvé un tout petit studio lumineux et très calme (un luxe à Saigon) pile entre les trois quartiers que je fréquente.  Saigon est gigantesque, c’est donc une chance énorme.

Comment s’est passé le début de ton adaptation ? 

A force de voyager, je crois que j’ai acquis une grande faculté d’adaptation.  Ok, tout est différent ici, mais comme j’ai décidé de faire de cette ville mon « chez moi », même temporaire, je ne la vois plus avec des yeux de voyageurs, et les choses me semblent assez naturelles.  La galère : comprendre comment fonctionnent les administrations, les institutions…  Je n’en dirai pas plus mais j’ai l’impression qu’il faut être vietnamien et parler le vietnamien pour connaître les rouages…  J’ai la chance, au boulot, de travailler avec deux assistantes tout à fait bilingues.  Ca m’aide énormément parce qu’elles me déchargent de toute une partie des éventuels problèmes.

Le mot de la fin ?

Un mot ?  Oui, quelque chose en lien avec notre pays de rencontre, le Myanmar.  J’y ai lancé un beau projet, qui permet à un jeune birman de faire des études, qu’il devrait terminer dans une bonne année grâce à notre solidarité en Belgique…  On a encore besoin d’aide !   https://www.leetchi.com/c/solidarite-de-myint-moe-ko-lwin

Merci Kryztof, bonne route et à bientôt j’espère !

 © MacFly Away – Octobre 2017

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